Variances



Variances n°14


Les méthodes quantitatives du marketing

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J'ai changé d'emploi tous les trois ans, soit onze fois en tout. Je changerai encore, et plusieurs fois, car la retraite à soixante ans est une possibilité mais pas une obligation, heureusement! J'ai fait une carrière de fonctionnaire, une autre plus près de la politique et une dans l'environnement mondial. Toutes trois sont des développements de quelques thèmes simples qui ont guidé ma vie, cela apparaîtra clairement, mais le récit sera plus facile à suivre carrière par carrière.


L’ENSAE, MON « AVANT-CARRIERE » ET UNE FIDELITE

Etudiant, j'ai été président du BdE de 1964 à 1965. Cela ne comportait guère d'activités matérielles, puisque dans nos vieux locaux (quai Branly, maintenant démolis) il n'y avait absolument aucun espace extra-scolaire, mais il fallait accueillir des taupins ahuris qui ne savaient même pas ce qu'était l'économie.
De 1979 à 1984, j'ai repris du service comme président de l'association des anciens. J'ai dû démissionner, à mon grand regret, car je manquais terriblement de temps. J'espère qu'on me pardonnera en lisant la suite.

LA FONCTION PUBLIQUE, AU SERVICE DES HOMMES ET DE LEUR AVENIR

Dès mes débuts, j'ai été fortement influencé par Claude Gruson, Edmond Malinvaud et Gérard Calot. ils m'ont fait percevoir que bâtir l'avenir des hommes n'est pas moins noble, ni moins concret, que bâtir des ponts. La planification nationale était encore une « ardente obligation ». J'ai travaillé avec Pierre Massé sur les derniers travaux pour le Cinquième Plan Quinquennal (1966-70).

Je me souviens d'avoir élaboré une variante de croissance « à la japonaise » (sans rapport avec ce que je raconterai un peu plus loin): accélération de la productivité, augmentation des investissements privés sans intervention publique... une projection accélérée des Trente Glorieuses, qui battaient alors leur plein. Ce scénario a été fracassé par la première crise pétrolière, en 1973, ce qui montre qu'un prévisionniste ne doit jamais oublier d'être modeste!

J'ai aussi contribué à une « fresque historique » du système productif et de la productivité françaises. Comme chef de la division « Études des Entreprises » à l'Insee (1973-76), j'ai modélisé les performances des entreprises en utilisant les données comptables de la Centrale des Bilans de la Banque de France.

Ayant pris goût aux affaires internationales (après mon séjour au Japon), j'ai accepté avec joie la direction du CEPII (1979-81 ). Il y avait là une formidable base de données sur l'économie mondiale. La vocation initiale du Centre était de bâtir un TEI mondial; pour cela, il fallait reconstituer une comptabilité nationale pour les pays de l'Est. Le CEPII était de fait en concurrence avec la CIA américaine pour l'évaluation des économies du bloc soviétique, et nous étions assez bons.

De 1985 à 1988, j'ai été inspecteur des finances (au tour extérieur). J'ai donc inspecté en Picardie, puis dans le Nord-Pas-de-Calais, puis en Basse-Normandie. J'ai été frappé par le décalage des préoccupations entre les services parisiens et les cadres sur le terrain. J'ai aussi contribué à l'audit du Plan Câble et à l'appui aux PME pour pénétrer les pays émergents.

L’OPPORTUNITE JAPONNAISE

Avant 1970, je ne savais du Japon que ce que devait savoir un honnête homme. Ayant été un peu... «turbulent » en mai 1968, je fus autorisé à prendre une année sabbatique au Japon par le directeur général de l'insée (Jean Ripert). Je n'étais pas seul dans cet honneur: Michel Aglietta et Jacques Mairesse (qui allait devenir directeur de l'Ensae) firent de même, mais aux USA. J'ai été, pendant un an, pensionnaire de la Maison Franco-Japonaise à Tokyo et chercheur invité auprès de l'Institut de Recherche Économique de l'Agence Japonaise de Planification (équivalent japonais de l'Insee).

J'ai toujours considéré l'économie comme une science humaine, pas comme une abstraction mathématique. L’influence de l'histoire et de la culture dans une économie nationale est donc primordiale. Au Japon, j'ai pu observer une société très différente de la nôtre. Dès mon retour en France, j'ai enseigné à l'EHESS sur ce thème; j'ai tenu à conserver ce séminaire, en plus de mes autres activités professionnelles, jusqu'à l'année dernière.

Je ne suis pas officiellement impliqué dans les relations entre le Japon et la France mais je suis resté en relations avec de nombreux amis japonais. Je suis membre du Forum France-Japon, qui est co-présidé par Raymond Barre (qui fut professeur à l'Ensae) et un ancien Premier ministre japonais et auquel participent des chefs d'entreprises influents comme Bernard Arnaud et Serge Tchuruk.

J'ai écrit un livre sur le Japon, comme tous les Français qui y sont allés à cette époque. Pour être exact, j'ai écrit ou dirige cinq ouvrages sur ce sujet. Le dernier a été publié en 1996 (« La France au miroir du Japon, croissance ou déclin », éditions Odile J-


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Figure n°1 :


acob). il est peut-être le plus caractéristique de mes réflexions, car il compare ces deux sociétés si différentes qui ont des problèmes si semblables.

L’ELISEE, AU CENTRE DE TOUT

J'ai d'abord été conseiller technique (1981 -82) pour les questions économiques internationales; à ce titre, j'ai activement participé à la préparation du voyage du chef de l’État au Japon. Ensuite, je suis devenu secrétaire général adjoint auprès de Jean-Louis Bianco (1982-85).

J'avais à connaître de tout, hormis les affaires de diplomatie, défense nationale et sécurité intérieure. Je dirigeais une équipe d'une vingtaine de personnes qui devait tenir le président informé, préparer et suivre l'exécution de ses décisions. Je devais aussi préparer le conseil des ministres toutes les semaines. C'était passionnant mais épuisant. Après une parenthèse (l’inspection des finances) je suis revenu de 1988 à 1991, toujours comme adjoint de Jean-Louis Bianco. Nos relations personnelles étaient excellentes, en dépit de la tension quotidienne dans le travail.

Une anecdote intéressera mes chers camarades. Au printemps 1983, le président eut à prendre une décision économique gravissime. il éprouva le besoin de consulter des économistes: Edmond Malinvaud et Michel Aglietta (respectivement ENSAE 1948 et 1964). Malinvaud influença la décision d'une formule: « l'indépendance de la France vaut bien un point de consommation ». Le président se résolut à abandonner la politique de promotion de la consommation qui était en vigueur depuis son accession (mai 1981), mais qui bousculait l'orthodoxie financière. La France, en consommant un peu moins, allait échapper aux inquisiteurs du FMI.

C’EST DE LA REGION ILE DE FRANCE, UNE MISSION D’ANIMATION

C'est Michel Rocard (autre ex-professeur à l'Ensae) qui m'a demandé d'assumer cette fonction (1991-93) pour établir le SDRIF à l'horizon 2015. Il s'agissait de trouver un successeur au schéma directeur établi par Paul Delouvrier en 1965.

J'ai eu à dialoguer avec des élus régionaux, départementaux et municipaux qui étaient majoritairement de l'autre bord politique. Il y avait aussi des ingénieurs, des urbanistes, des démographes, etc. Il fallait arbitrer entre des préoccupations contradictoires: tout le monde voulait des sièges de sociétés (pour les recettes de la Taxe Professionnelle) mais pas de logement. Il fallait équilibrer la nature et la ville, les transports en commun et les routes...

L'intérêt général est la plus belle des préoccupations. J'ai quitté cette fonction parce qu'il est normal qu'une majorité politique nouvelle change les principaux préfets.



MINISTRE, UNE SYNTHÉSE, UNE SYNTHESE MAIS CERTAINEMENT PAS UNE CONCLUSION

Les six premiers mois ont été terribles: il fallait prendre en mains les finances publiques, monter un budget, rédiger une loi de finance. J'ai découvert le travail en équipe gouvernementale, que Je n'avais qu'entrevu à l'Élysée. Je me suis initié aux joutes parlementaires: les élus sont mordants dans l'opposition, exigeants dans la majorité, mais toujours compétents et motivés.

La bousculade initiale est passée, mais j'ai encore largement de quoi m'occuper: je suis responsable des trois grands services « à réseau » du ministère: les impôts, la comptabilité publique et la douane. En tout, presque cent soixante mille personnes, toutes attachées à leur métier et à leur mission. La « culture du métier » est très forte chez nous. Mon expérience d'inspecteur des finances sur le terrain m'a bien servi.

On dit souvent qu'une administration française n'obéit pas à son ministre, mais ce n'est pas mon sentiment. Je n'ai pas bouleversé les organigrammes, j'ai plutôt défini des chantiers et réuni les directions autour d'objectifs précis. Il y a par exemple la lutte contre la fraude à la TVA intra-communautaire, le recouvrement de certaines fraudes subtiles...

Avec cela, j'ai quelques activités purement privées, Avec mon épouse, nous aidons à la reconstruction d'une école francophone à Sarajevo. Nous y sommes allés puis nous avons rassemblé des fonds en France, dans le cadre d'une association humanitaire.

DANS TROIS ANS

... je ne sais pas où je serai, mais le sais bien que le serai ailleurs. Des opportunités se seront présentées et je les aurai accueillies, comme je l'ai toujours fait. L'Ensae donne un bagage scientifique solide, mais pas d'œillères. On en sort disponible pour l'inattendu et je crois que le siècle qui vient n'en manquera pas.

Il faut aimer ce que l'on fait, sinon comment ferait-on bonne figure à l'inattendu ? Mais on étudie tant de choses différentes à l’Ensae que je ne vois pas comment on pourrait en sortir sans avoir pris goût à rien.

Tout n'est pas parfaitement prévisible, c'est évident, mais je persiste à croire que beaucoup de « surprises » peuvent être évitées. C'est pour cela que le stratège commande au tacticien. Je suis sûr qu'un Bill Gates sait parfaitement où il va. Je demeure un fervent de la planification, en considérant que « prévoir » et « être prêt » sont deux choses différentes. On peut être prêt pour l'imprévu.

Etre prêt, c'est une compétence et un état d'esprit.

Propos recueillis par Pierre Morichau, ENSAE 67

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